Richard, les petits pas font les grands changements

par | 12 mai 2020

Dans sa vie habituelle, Richard est chef de produit chez Triban, la marque de vélo route de chez Décathlon.
Dans sa vie confinée, il livre des repas pour les sans-abris avec le mouvement #poureux.

 

“Autour de la 3ème semaine de confinement, j’ai vu qu’Allan Ballester lançait le mouvement #poureux. C’est un ancien collègue de chez Décathlon, qui m’inspire beaucoup par le sens qu’il donne à ses actions. Il a une approche “Lean Startup” qui me parle et que je partage : une méthodologie qui permet d’atteindre ses ambitions par des premiers petits pas. Alors quand j’ai vu qu’il cherchait des livreurs à vélo #poureux, je me suis dit “banco ! J’ai commencé à m’engager sans un niveau d’effort considérable : c’est juste faire du vélo de manière différente. Ça m’a permis de m’investir sans perturber mon équilibre, et au contraire en donnant du sens. Pour les cuisiniers qui confectionnent bénévolement des paniers repas, c’est la même chose, ils ont dans leur quotidien ce plaisir de cuisiner, et cuisiner une part de plus ce n’est pas grand chose. Ce qui est beau, c’est que ce qui est de l’ordre de l’ordinaire pour les livreurs ou cuisiniers devient extraordinaire pour les bénéficiaires. Et c’est pour ça que ça marche ! Si le fait d’aider se faisait au prix d’un sacrifice trop important, beaucoup s’épuiseraient. Pour être constant et durable, il faut que ce soit dans ton quotidien, dans ton ordinaire.“

Ⓒ Photo : Kevin Faroux

Ce cadre de 48 ans a commencé à livrer, chaque jour, des repas aux sans-abris lillois. Des journées seul sur son vélo, à faire le pont entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien. Un engagement qui sous ses abords “ordinaires”, ne laisse forcément pas indifférent. “Tu as l’impression que tu prends un paquet, tu le mets sur ton vélo et tu le livres, mais en fait ce n’est pas du tout ça ! Il y a une charge émotionnelle super forte. Ce sont des hommes et des femmes, tu t’attaches à leurs problèmes et en même temps tu dois savoir t’en détacher.« 

J’ai notamment rencontré un couple de jeunes, Anthony et Charlène. Ils m’ont touché parce que je me suis rendu compte qu’on est tous des Anthony et Charlène en puissance ! Parfois c’est une spirale infernale : tu prends un coup, deux, trois, et au bout d’un moment tu tombes… et se relever seul est insurmontable.
Ces rencontres m’ont franchement remué… Alors un soir, en discutant avec ma femme, elle a voulu partager ça. Elle a commencé à faire les tournées avec moi, tous les jours. Et tout est devenu plus simple : pouvoir partager les choses vues et vécues ensembles permettaient d’amortir le retour à la maison.
Ensemble, ils ont parcouru jour après jour la métropole. Remettant en question leur mode de vie au fur et à mesure qu’ils remettaient des paniers repas.

“Je me dis que la misère que je côtoie, elle est aussi provoquée par mon mode de vie, et par la société en général. Tout à l’heure, Charlène me dit : “je vais vous rendre une partie de ce que vous m’avez donné hier parce que ça fait trop”. Elle n’a rien, et elle te dit qu’elle a trop. Et là t’as envie de pleurer… Tu prends des leçons chaque jour en fait.”

Richard est à côté de son vélo-cargo, après une journée de livraison. Il parle lentement, le regard un peu ailleurs. Il lui tient à cœur de trouver les bons mots pour exprimer ce qu’il ressent, combien ces rencontres au fil des livraisons le touchent et l’interrogent. Et demain ? Qu’est-ce que cela changera ?
Je pense qu’il faut aller chercher la source du problème, et revoir le monde de l’entreprise pour avoir une approche beaucoup plus solidaire : revoir les indicateurs pour mettre l’impact sociétal et environnemental au même niveau que les indicateurs économiques. Je pense aussi que l’on n’a pas d’excuses face à cette misère. On vit dans une agglomération où l’on a de nombreuses forces politiques, sociales, des associations d’accompagnement médical, d’insertion, d’aide alimentaire, des entreprises et des richesses. et pour autant on a tous ces sans-abris et mal-logés qui sont dans une misère considérable. On ne doit plus l’accepter. Cela doit devenir le problème de tous. Je pense qu’on peut s’inspirer de la démarche de “Lean startup” : commencer par un petit pas, chacun à son échelle. Si tu veux résoudre la globalité du problème tu vas devoir soulever des montagnes et au bout d’un an, rien ne se sera passé. En m’occupant de 2 personnes, je réduis déjà le problème et ça devient possible à mon échelle. »

« Concrètement, à l’issue du confinement je veux continuer à m’investir sous forme de parrainage : accompagner dans le temps une ou deux personnes pour les aider à sortir de la situation dans laquelle ils se trouvent. »

Dans sa vie habituelle, Richard est chef de produit chez Triban.
Dans sa vie confinée, il apprend chaque jour et change de braquet pour entreprendre et agir pour un monde plus juste et solidaire.

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