Rémi, rendre visible l’invisible

par | 7 mai 2020

Dans sa vie habituelle, Rémi est cartographe, géographe, et membre de l’équipe pédagogique de l’Université Paris-Sorbonne.
Dans sa vie confinée, il livre des repas aux sans-abris et répare les vélos des livreurs en panne.

J’ai commencé ma vie confinée par ne pas faire grand chose… J’ai eu le covid et j’ai été malade pendant un moment, alors il a fallu passer ça. J’ai eu une semaine de pré-symptôme, une semaine de symptômes covid forts, et une semaine pour récupérer… pas totalement mais en partie ! Après quelques jours, j’ai commencé à aider les autres. Je savais que je n’étais plus contagieux, que j’étais probablement immunisé, et que si je devais affronter la maladie encore une fois, je la vaincrai une deuxième fois. Je me suis mis en route avec #poureux, pour aller chercher à vélo des repas préparés par des particuliers, et les distribuer aux personnes dans le besoin.

Ⓒ Photo : Kevin Faroux

On rencontre Rémi à la Deûle, une association sportive et sociale lilloise qui accueille notamment les bains douches pour les personnes précaires. Rémi vient d’y apporter des produits d’hygiène, des repas, des croquettes pour chiens fournis par les bénévoles de #poureux. Il est en train de ranger l’atelier vélo de l’association. Entre deux livraisons, il répare des vélos, notamment les deux vélos-cargos que la Deûle a prêté aux livreurs pour transporter plus de repas. La solidarité est bien là, entre associations aussi.
“Je suis toujours en mouvement, habituellement comme maintenant. Alors quitte à l’être, autant que ça serve aux autres. Rouler pour soi c’est bien, rouler pour les autres c’est mieux. Et ça apporte tellement de prendre du temps pour les autres, de leur consacrer un peu d’énergie plutôt que de tout garder pour soi… »

« J’étais déjà bénévole auparavant – notamment pour l’association VAI MA POULE qui organise des activités autour du vélo pour les réfugiés – mais cette expérience va changer pas mal de choses en moi. Les rues désertiques ont rendu “visibles” les personnes à la rue, ceux qu’on croise tous les jours, mais qu’on ne regarde plus. Comme s’ils faisaient partie du paysage. Cette situation inédite nous a appris à les voir et les regarder de nouveau.” Habituellement, 90% du travail de Rémi consiste à faire des cartes pour les clubs de sport, les collectivités, les villes. Alors pour livrer ses repas, Rémi a cherché plus loin, au-delà de ces sans-abris “visibles”. Dans les coins et recoins de la ville.

Je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait c’était d’aller chercher les invisibles. Quand je fais des relevés cartographiques dans mon boulot, je cherche des éléments à cartographier. Des éléments utiles à l’orientation. C’est exactement la même chose ici, sauf que ce sont des individus qu’on va chercher, des individus isolés, qui sont dans le besoin et qui sont invisibles. C’est un travail volontaire de recherche. D’aller où l’on ne va pas d’habitude pour explorer, trouver des invisibles, les rencontrer. Chercher ce qu’on ne voit pas d’habitude, ce qu’on ne veut pas voir, et le mettre en avant. Les des-isoler. Et rendre visible l’invisible. Ça m’a permis d’aller vers ces personnes, discuter avec eux, leur montrer qu’il y a des gens qui pensent à eux et qui ont envie de faire des choses pour eux. Ca a changé ma vision de ces personnes qui sont en marge, en marge de la société, en marge géographique.”

Le changement individuel paraît évident. Pour le reste, Rémi est plus sceptique. Il nous parle de ses craintes, du possible retour des vieilles habitudes, du quotidien. Alors on s’est penchés un peu sur des pistes de solutions. “Je pense qu’il y a une piste qui pourrait être explorée, c’est le revenu universel. On voit actuellement que beaucoup de personnes veulent s’investir, mais elles doivent vivre aussi ! En ayant un revenu universel, on pourrait volontairement passer du temps à s’investir tout en ayant l’assurance de pouvoir se loger, de pouvoir manger et pouvoir vivre dignement.”

 

“Le Covid met en avant les faiblesses de notre système : le profit passe avant tout alors que c’est l’humain qui devrait être central. »

Dans sa vie habituelle, Rémi est cartographe.
Dans sa vie confinée, il rend les invisibles visibles, et roule pour plus de dignité. Pour ceux qui veulent changer le monde, et ceux qui n’y trouvent pas leur place.

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