Tu veux faire quoi quand tu seras plus grand ? La question arrive dès le plus jeune âge et au collège arrive le moment d’en décider. Choisir un métier. S’orienter. Trouver sa voie. Comment offrir les clés d’orientation aux plus jeunes alors que même adulte, la question peut encore se poser.
 
Avec Hubert et Quentin, pour ce 9ème Chicon partons à la découverte des métiers et surtout de soi-même pour mieux se repérer et créer son propre chemin vers un futur professionnel épanouissant.
L’association Toi Demain ? propose 2 programmes : Stage Up et Boost up qui permettent aux collégiens et lycéens de vivre une expérience positive dans le monde de l’entreprise, de découvrir des métiers méconnus et de mieux se connaître pour réaliser que tout est possible !
 
Reporter : Hubert Motte / Réalisation : Ebim Films / Générique : Agence WTF / Illustration : Florent Béguin / Musique : Les Blaireaux

En partenariat avec l’Ecole Supérieur de Journalisme – ESJ Lille, nous vous proposons cet article écrit par Axelle et Fantine pour approfondir le sujet de l’orientation chez les jeunes

Éducation prioritaire et orientation : que font les collèges de la région ?

La politique d’éducation prioritaire c’est le moyen de limiter les inégalités sociales et économiques sur la réussite scolaire des élèves. Ce dispositif allie un renforcement du cadre enseignant ainsi qu’une adaptation des enseignements. Deux catégories ont été définies dans ce cadre : les REP, pour les secteurs à difficultés sociales significatives et les REP+, pour les secteurs isolés concentrant le plus de difficultés sur le territoire.

A la rentrée 2020, l’ensemble des collèges d’éducation prioritaire (REP et REP+) ont accueilli 574 302 élèves en France. D’après les chiffres fournis par le ministère de l’Éducation nationale, en 2021, sur les 678 collèges des Hauts-de-France, 54 étaient des établissements REP+ et 107 étaient des REP. Ces chiffres témoignent d’un véritable besoin sur le territoire d’adaptation des enseignements aux besoins des élèves. À l’heure où la question de l’orientation professionnelle est omniprésente dans la vie des jeunes, comment ces établissements REP et REP+ accompagnent-ils leurs élèves ? Nous sommes allées à la rencontre d’enseignants et d’élèves en REP dans les Hauts-de-France pour en savoir plus. 

L’éducation prioritaire, ça change quoi ?

Pour Cyril Boulanger, professeur d’Histoire-Géographie au collège Émile Zola de Wattrelos, la principale différence qu’il note entre les collèges qui sont REP et ceux qui ne le sont pas, c’est le profil des élèves. Il déclare qu’« au moins la moitié des effectifs des élèves sont tout droit issus des catégories socio-professionnelles ouvrières ou de personnes au chômage. » 

Au collège Jean Jaurès de Lomme, Luc Charlet, professeur d’EPS, met aussi en avant le critère de l’Indice Socio-Professionnel (ISP) comme facteur d’obtention du statut REP. Pour lui, les trois critères principaux sont « l’ISP, les familles monoparentales et les résultats et besoins scolaires » des élèves.

Ainsi, les problématiques ne sont pas les mêmes que dans des établissements lambdas. Cyril Boulanger affirme : « On a des élèves, et c’est le cas parfois même des parents, pour qui l’école n’est pas une source de libération, ou d’ascension sociale. » Il remarque également une différence d’ouverture culturelle et de comportement, notamment pour les devoirs : « On l’a vu pendant le premier confinement, pour certains élèves c’est très compliqué de faire cours parce qu’il y en a beaucoup qui n’ont pas d’ordinateur. » Il ajoute que, durant cette période, « la fracture sociale, et tout ce qui s’ensuit comme la fracture numérique, était criante ». 

Pour remédier à cela, le système d’éducation prioritaire amène un soutien financier aux établissements et aux enseignants. Sur ce point, Luc Charlet et Cyril Boulanger partagent le même constat : cet argent supplémentaire est nécessaire pour s’adapter aux besoins des élèves. Selon Cyril Boulanger, « l’orientation et tout ce petit travail qu’on peut faire en plus pour les élèves, on ne pourrait plus le faire si la REP disparaissait, ce ne serait que du bénévolat de notre part. » Luc Charlet ajoute : « Si on n’a plus ces moyens-là, c’est-à-dire une enveloppe financière pour permettre aux profs d’accompagner les élèves, forcément c’est de l’accompagnement en moins. »

Certains établissements utilisent les avantages d’un effectif d’enseignants plus important pour réduire le nombre d’élèves par classe. C’est le cas au collège Jean Jaurès. « Les conditions de travail sont complètement différentes. […] C’est beaucoup plus efficient aujourd’hui parce qu’on a des classes à 25 maximum là où on était 27/28 avant, ce qui fait que la qualité d’enseignement et d’apprentissage, ou en tout cas les possibilités d’apprentissage, sont beaucoup plus intéressantes », précise Luc Charlet. 

Orientation et implication des élèves

Et cette qualité d’enseignement est primordiale à ce niveau d’étude, où le futur professionnel des élèves est en jeu. En effet, le travail d’orientation n’est possible qu’en passant par la création de dispositifs sur mesure pour les élèves. Booster leur implication à l’école leur permet de mieux appréhender les années futures que ce soit au niveau personnel ou professionnel.

Au collège Jean Jaurès, nous avons rencontré Cécile Dhondt, enseignante-coordinatrice de la classe relais (classe qui accueille temporairement des d’élèves en marginalisation scolaire et sociale afin de les aider sur le plan professionnel et social). Elle explique qu’elle travaille beaucoup sur les compétences psychosociales : « Ce ne sont pas des enfants qui nécessitent un suivi médicalisé, ils n’ont aucun handicap reconnu, mais ils sont complètement décrocheurs du système qu’on leur propose au collège. Donc on travaille beaucoup sur l’orientation, le fait de vivre ensemble, le fait de s’accepter soi, et du coup on travaille aussi avec Luc Charlet en EPS, sur l’estime de soi, l’engagement dans une tâche ». Ce dernier renchérit en disant que les dispositifs REP permettent aux élèves de prendre conscience de ce qu’ils veulent et de ce qu’ils sont capables de faire : « ça permet à chacun de trouver peut-être un peu plus facilement sa voie ou sans doute d’être capables de s’interroger de manière différente ».

Globalement, les enseignants voient le développement personnel des élèves comme une de leurs priorités. Cela se traduit par une pédagogie individualisée, permettant à chaque élève de s’épanouir à sa façon et à son rythme. Ainsi, ils ont une nouvelle motivation pour s’investir plus sérieusement dans leur parcours à venir. Et cet investissement commence par un accompagnement dans l’orientation. 

Au collège Émile Zola, des ateliers d’orientation commencent dès la 4ème, avec des recherches dédiées pendant les heures de vie de classe, ainsi qu’une présentation de la 3ème Prépa-Métier. « C’est une année de 3ème dans un lycée pro où les élèves vont passer le DNB, le brevet professionnel. Ils vont avoir les mêmes matières qu’au collège avec un volume horaire dédié à des informations régulières, des petits stages, etc. », développe Cyril Boulanger. Le but de ces accompagnements : retrouver en 3ème et au lycée des élèves préparés avec un projet professionnel défini. 

Lors de notre visite au collège Jean Jaurès, nous avons également découvert le dispositif de Structure d’Aide à la Scolarité (SAS) qui permet, entre autres, à des élèves d’effectuer des stages en entreprise durant les heures de cours. Cela les aide à, soit préciser leur projet, soit en développer un en découvrant une multitude de secteurs qui leur étaient inconnus. 

Un club d’orientation, le « Club O », a aussi été créé par deux professeurs de 3ème. A travers des sondages, ils ont demandé à leurs élèves ce qu’ils aimeraient organiser pour approfondir leur parcours professionnel. S’en sont suivi des venues de lycéens, des visites d’entreprises et une semaine entière consacrée à des débats et discussions avec des professionnels de tous milieux et des anciens élèves du collège. « Ça leur a permis de s’identifier un petit peu mieux, de se dire “tiens, ils étaient ici il y a quelques années et aujourd’hui ils font ça” », explique Luc Charlet. Pierre, élève de 3ème et membre du « Club O », raconte : « Pendant une semaine, on a appelé des intervenants pour venir expliquer les métiers pour que ça puisse peut-être ouvrir des portes aux personnes qui n’ont pas choisi leur futur métier. » 

Les élèves en classe-relais peuvent, eux-aussi, explorer leur orientation à travers des stages proposés par Cécile Dhondt qui travaille en collaboration avec un Acteur de Liaison Sociale en Environnement Scolaire (ALSES). 

Intéresser les jeunes à leur orientation permet aussi de les raccrocher au système scolaire en leur donnant un but. Au collège Jean Jaurès, des spécialités sont disponibles dès la 6ème pour permettre aux élèves de découvrir de nouveaux horizons, et peut-être même une vocation. De la classe petit reporter à la spécialité handball en passant par la robotique, l’idée est que si l’élève est intéressé par la spécialité, il sera plus enclin à mettre tout en œuvre pour réussir dans les autres matières et pouvoir la garder. 

Cyril Boulanger révèle lui aussi que le collège Émile Zola met en place de nombreuses activités. L’une d’entre elles : un partenariat avec le lycée Sévigné comprenant « des immersions parfois juste une journée pour que l’élève découvre un établissement, découvre un métier ». Ce projet s’inscrit dans le cadre des Cordées de la réussite, un dispositif d’accompagnement des élèves dans leur parcours d’orientation. Pour lui, essayer de susciter la curiosité de l’élève afin qu’il trouve une passion ou quelque chose qui l’intéresse est primordial. « C’est avec ces petits trucs là qu’on essaie de raccrocher les élèves à l’école et, une fois qu’ils ont un projet, de donner sens à leur scolarité. Parce que s’ils n’ont pas de projet, car c’est compliqué de savoir ce qu’on veut faire en 3ème, là il n’y a rien qui peut les raccrocher à l’école. », complète-il. 

Au milieu de tous ces dispositifs propres à chaque établissement, une base commune pour la classe de 3ème : le stage d’observation en entreprise. Si pour certains le stage sert à se conforter dans leur projet professionnel, d’autres en font un outil de découverte. Matisse, en classe de 3ème au collège Jean Jaurès, a fait son stage dans l’entreprise Peugeot Verbaere située Lomme. Il raconte que, si son stage a permis de le convaincre, « c’était aussi une passion, l’automobile […] Moi tout est déjà envisagé, j’ai fait toutes mes inscriptions, mon alternance c’est déjà fait ». Au contraire, Kaïs, dans la même classe, qui a fait son stage au Secours Populaire explique : « c’est un truc que j’aime bien, mais ce n’est pas un truc que je compte faire. »

Johanna a décidé d’aller voir le conseiller d’orientation de l’établissement, afin de préciser son projet professionnel après un stage dans une boutique qui ne l’avait pas convaincue. C’est lors des portes ouvertes d’un lycée qu’elle découvre un attrait pour les métiers du bâtiment. Le « Club O » lui a également permis de s’ouvrir à d’autres professions. Elle précise :  « Pour l’instant, j’ai l’idée du bâtiment mais j’hésite encore un peu parce que j’ai aussi police, pompier qui m’intéressent… » 

Nous avons aussi voulu voir si les élèves étaient conscients des choses mises en place pour les aider à s’orienter. Adrien, élève de 3ème au collège Émile Zola, trouve que les enseignants « [les] accompagnent et [les] aident pour le choix de [leur] orientation ». Mathys, veut quant-à-lui devenir webdesigner. Quand il en a parlé au corps enseignant et à la conseillère d’orientation, « ils [lui] ont conseillé d’améliorer [ses] notes etc. »

Le format du stage et de l’immersion sont donc très utilisés par les établissements REP pour mettre des élèves volontaires en contact direct avec de nouveaux métiers. Les établissements situés en REP encouragent leurs jeunes à profiter des dispositifs d’orientation proposés et à effectuer des stages tout au long de leur scolarité au collège afin qu’ils puissent découvrir le plus de secteurs possibles et constituer leur parcours professionnel. 

Est-ce assez ?

Au collège Émile Zola, si les élèves sont plutôt enclins à aller voir la conseillère d’orientation, Cyril Boulanger précise qu’elle est seule pour toute la cité scolaire dont ils font partie. « Elle est très efficace mais au total, on a, dans la cité scolaire, à peu près 1000 élèves. Évidemment, les 1000 n’ont pas le problème de l’orientation […] mais, sur l’orientation dès la seconde, il y a énormément de boulot. […] Donc c’est sur elle que tout repose avec les profs principaux. », affirme-t-il. 

Et les profs principaux, ils en font du boulot. En effet, le professeur d’Histoire-Géographie explique que c’est parfois le corps enseignant qui s’occupe de trouver des stages pour les élèves dans leur réseau ou dans la cité scolaire. Il ajoute : « Les entreprises n’ont pas toujours envie de s’embêter avec quelqu’un qui est là juste pour observer » et conclut, « être prof principal en 3ème, c’est costaud. »

En plus, si le dispositif REP permet des classes moins remplies, ce n’est pas le cas pour tous les établissements. Cyril Boulanger déclare : « dans mon établissement j’ai pas mal de classes où on est 26-27. » Il explique cela par la perte d’élèves qui engendre la perte de postes enseignants et donc la fermeture de classes. 

Pour le collège Jean Jaurès, Luc Charlet met en avant la problématique du retrait précoce du statut REP de l’établissement. « Ce qui me pose problème, et ça n’engage que moi, c’est que quand on parvient à avoir de bons résultats, ce qui est le cas de notre établissement, on repasse au niveau des moyennes académiques. Les ISP sont remontés et […] on parle déjà de peut-être supprimer ce statut REP alors que c’est grâce à ça qu’on a de bons résultats et qu’on arrive à mettre ou remettre des élèves au travail ou à faire prendre confiance à des mômes », développe-t-il. 

Il mentionne aussi le manque d’aide apporté à l’ensemble des élèves en difficulté sévère : « Il y a une Segpa sur un autre collège de Lomme, mais les places sont extrêmement limitées. Il faut faire partie des élèves les plus en difficulté parmi ceux qui sont déjà en difficulté, c’est un souci ». 

S’ajoute à cela un intérêt insuffisant. Quand on demande à Clément, élève de 3ème au collège Jean Jaurès s’il envisagerait d’aller voir le conseiller d’orientation pour préciser son projet, il dévoile : « Possible, mais je ne sais pas. En ce moment, je n’ai pas tellement le temps ». 

Alors, « manque de curiosité par rapport à leur avenir », comme le qualifie Luc Charlet, ou manque de formation et de motivation concrète à l’orientation dans les écoles ? 

Nous avons en effet pu voir que les enseignants et les établissements REP de la région ne manquaient pas d’idées et d’initiatives pour aider à construire le parcours professionnel de leurs élèves. Si le statut de REP leur donne les moyens de mettre en place ces dispositifs qui inspirent beaucoup d’élèves à poursuivre des carrières diverses, ce n’est pas suffisant. Il semble cependant ne pas permettre aux établissements de faire face à toutes les difficultés.

Axelle Dusart et Fantine Descard

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