Log 78, Acte II – Le Souffle du Nord Team Ireland

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Par Enda O’Coineen

18 janvier,
au large de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande

Ma plus grande crainte, au moment de quitter Auckland, était d’être pris d’un fou-rire pendant la bénédiction Maori traditionnelle ! Plus que tout, je voulais vivre cela avec sérieux et ne pas passer pour irrespectueux, et effectivement, avec l’ensemble de la délégation du Souffle du Nord Kilcullen Team Ireland, nous avons été honoré de ce geste.

C’était un moment profond et emprunt de spiritualité, à l’image des liens étroits qu’entretien ce peuple avec les éléments et la nature. La Nouvelle-Zélande nous a accueilli, a pris soin de nous, et maintenant nous accompagne vers la poursuite de notre voyage. Et même la pluie lourde qui s’est invitée à la cérémonie – et qui a bien mouillé le chef Maori – est considérée de bon augure pour les Dieux.

Quand je dis « nous », je ne parle pas que du bateau et de moi, mais aussi nos équipiers français, Maxime Bouy et Pierre-Antoine Tesson, mais aussi Peadar Gill et Nin O’Leary – représentant respectivement les îles d’Aran et le Royaume de Cork – qui ont rejoint votre humble navigateur en solitaire pour notre convoyage jusqu’à Dunedin. Cela est très utile pour les préparatifs et la sécurité autour de la côte Néozélandaise. A partir de Dunedin, ils laisseront seul leur skipper béni à la mode Maori pour qu’il puisse repartir seul en mer jusqu’en France pour terminer « unofficielement » le Vendée Globe.

Le départ d’Auckland a été épique, lorsque surplombé par la magnifique Skyline de la ville nous devions affronter des vents de 30 à 35 nœuds « dans le nez ». Mais c’est avec 3 ris dans la grand-voile et le J3 que nous avons tiré des bords de près pour traverser le Golf d’Hauraki.

Cette première nuit en mer a été difficile alors que la chaleur de l’été a été rapidement supplantée par la fraîcheur de l’océan. Il est aussi toujours un peu perturbant de passer de la stabilité de la vie sur la terre aux vagues de l’océan. On est constamment blaqueboulé dans toutes les directions imaginables, frotté, cogné, et même les tâches les plus simples demandes de l’agilité, et d’être anticipées. Mais, et c’est presque de la magie, nos corps savent s’adapter et s’extraire rapidement de nos habitudes de vie sédentaires.

La décision de la route à prendre a été difficile. Par le Nord pour par le Sud ? Finalement ce sont la rapidité, la prudence et un calcul de sécurité qui ont fait pencher la balance, même si nous aurions vraiment aimé passer « par le dessus ».

Alors que je finis de rédiger ce message, le soleil termine son effort pour émerger au dessus de l’horizon. Nous avons 24 nœuds de vent et nous filons approximativement à 15 nœuds. Je viens de sortir de mon sommeil, et une fois encore j’emprunte les mots de Samuel Beckett lorsqu’il dit :

« Perhaps my best years are gone…
But I wouldn’t want them back. Not with the fire in me now »

*« Peut-être bien que mes plus belles années sont parties…
Mais je ne les regrette pas. Pas avec le feu que j’ai en moi ! »

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