Formidable Thomas !

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©Pierre Bouras

C’est un nouvel acte de son premier Vendée Globe qui débute depuis hier en fin d’après-midi pour Thomas Ruyant. Après avoir passé la journée à colmater une voie d’eau à bord de son monocoque « Le Souffle du Nord pour Le Projet Imagine », le navigateur, originaire de la belle Malo-les-Bains (59), est reparti en course en grand conquérant suite à 24 heures où il est passé par tous les états, pensant même à un moment que son histoire autour du monde allait se terminer au milieu de l’océan Indien.

Même si le nordiste a encore du travail à bord de son voilier, l’avarie ayant entraîné quelques dommages collatéraux, il a remis du charbon deux ris dans la grand-voile et sous J3 à l’avant et se projette calmement vers l’Australie dans des conditions fraîches – l’eau est à 3 degrés – et l’atmosphère est particulièrement humide. Désormais, Le Souffle du Nord, huitième au général, n’est plus réellement au contact puisqu’il se trouve à 397 milles de Jean Le Cam, septième, et 1149 milles de Louis Burton, neuvième.

Thomas, compétiteur dans l’âme, va devoir accepter de naviguer seul sans adversaires à portée de fusil et se créer d’autres objectifs tout en pensant à préserver son matériel. Il va devoir aussi se reposer après ses malheurs techniques et s’installer dans la peau d’un aventurier des temps modernes. En tout cas, force est de constater le formidable pragmatisme de Thomas et son immense capacité, il l’a démontré hier, à réagir face à l’adversité des éléments.

Dans une mer toujours formée, Le Souffle du Nord file ce matin à un bon 14 nœuds. Le vent va progressivement mollir dans la journée avant de forcir à nouveau la nuit prochaine. Comme si de rien était, Thomas, ambassadeur de l’ONG Projet Imagine, qui inspire chacun à s’engager pour bâtir un monde meilleur, a repris le fil de son tour du monde. Vous avez dit héros !

Thomas Ruyant, à la vacation ce matin :

« J’ai repris la route hier soir après une journée un peu pénible. C’est reparti même si j’ai encore quelques petites bricoles à régler pour être à 100%. En fait, c’est la prise d’eau d’un ballast qui a découpé le fond de coque en s’ouvrant violemment sur une vague pendant un surf : je me suis retrouvé avec une colonne d’eau de 20 centimètres jusqu’au plafond ! Il a fallu réagir rapidement : j’ai colmaté dans un premier temps avec un bas de ciré le temps d’empanner, de rouler la voile devant et de faire un état des lieux. Puis j’ai réalisé un système de bouchon par l’intérieur avec de la mousse expansée, des plaques de mousse et un capuchon final en carbone, le tout étayé par l’intérieur pour maintenir l’ensemble. Ça a l’air de bien fonctionner… C’est la prise d’eau bâbord qui est désormais condamnée. Sur le moment, c’était impressionnant et je me suis dit que c’était terminé pour moi ! Mais avec un peu d’énergie, j’ai réussi à circonscrire le problème. Le moteur n’est finalement pas touché : je l’ai aspergé d’huile d’isolation électrique pour le préserver et il a démarré déjà deux fois.
J’ai perdu plus d’une journée dans l’histoire et la réparation proprement dite m’a pris huit heures. J’étais fatigué et j’ai dormi comme un loir cette nuit. Je ne suis pas encore à 100% du potentiel : il faut que je valide mon bouchon. En ce moment, il y a pas mal de mer et c’est assez agité : je suis en arrière d’un front et les vagues sont assez pentues. Le vent devrait mollir dans la journée : ce sera l’occasion de faire un check-up complet du bateau qui a souffert dans 35-40 nœuds pendant que je bricolais. Maintenant, je me retrouve un peu isolé entre ceux de devant qui sont partis et ceux de derrière qui sont encore loin. Il me reste encore quasiment trois océans à parcourir : j’ai le temps de voir ! J’ai une pensée pour Kito : c’est vraiment dommage. J’ai été en contact avec le bateau de la Marine Nationale qui est venue faire des images hier et qui m’a donné des nouvelles en direct… »

©TbPress